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Où utiliser le mâchefer sans risquer la contamination ?

11 Juin 2026 8 min de lecture
Où utiliser le mâchefer sans risquer la contamination ?

Ce que vous devez savoir sur le mâchefer

Points essentiels

  • Le mâchefer RIOM (résidu d’incinération des ordures ménagères) produit 3 millions de tonnes par an en France et nécessite une maturation de 3 mois minimum avant utilisation
  • L’arrêté du 18 novembre 2011 encadre strictement l’usage du mâchefer RIOM, qui est interdit à moins de 30 mètres d’un captage d’eau potable et sous les fondations de bâtiments habitables
  • Le mâchefer ancien (charbon) possède des propriétés isolantes de 0,15 à 0,20 W/m·K et reste légitime dans les réhabilitations de maisons ouvrières du XIXe siècle
  • Les risques de lixiviation de métaux lourds (plomb, zinc, cadmium) exigent une analyse obligatoire en laboratoire agréé avant tout usage professionnel

Sur un chantier de réhabilitation d’une maison ouvrière du XIXe siècle, j’ai retrouvé quelque chose d’inattendu sous le plancher : une couche de mâchefer, posée là par les anciens. Pas par hasard. Ces gens savaient ce qu’ils faisaient. Le mâchefer utilisation remonte à bien avant nos préoccupations actuelles d’économie circulaire. Et pourtant, aujourd’hui, ce matériau divise. Certains le bannissent sans réfléchir, d’autres l’utilisent sans précaution. Les deux ont tort.

Le mâchefer, c’est le résidu solide issu de la combustion – charbon, bois, ou ordures ménagères. On parle aussi de résidu d’incinération des ordures ménagères (RIOM) pour le mâchefer moderne. Sa composition varie selon l’origine, mais sa densité et ses propriétés drainantes en font un granulat alternatif historiquement apprécié dans le bâtiment et les travaux publics.

Ce que je vais vous expliquer ici, c’est ce que ce matériau vaut vraiment, où on peut l’utiliser légalement, et où il faut absolument éviter de le mettre.

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Le mâchefer, qu’est-ce que c’est vraiment ?

Où utiliser le mâchefer sans risque de contamination

Le terme recouvre deux réalités très différentes. Le mâchefer ancien, issu de la combustion du charbon dans les foyers domestiques ou industriels, est un matériau stable, largement minéralisé. Les scories de haut fourneau, elles, sont un sous-produit de la production de fonte – elles servent depuis longtemps dans la fabrication de ciments et de bétons.

Le mâchefer d’incinération moderne (RIOM) est une autre affaire. Il sort des unités de valorisation énergétique (UVE) comme celles gérées par Veolia ou Suez. Selon l’ADEME, environ 3 millions de tonnes de mâchefer RIOM sont produites chaque année en France. C’est un volume considérable.

💡 Chiffre clé : D’après l’ADEME, plus de 60 % du mâchefer RIOM produit en France est valorisé en sous-couche routière, ce qui en fait le principal débouché de ce résidu dans le cadre de l’économie circulaire dans le BTP.

Le problème du RIOM, c’est sa teneur potentielle en métaux lourds et en dioxines. La lixiviation des métaux lourds – leur migration dans les eaux souterraines – est le risque principal. C’est pourquoi son usage est strictement encadré.

Quelle réglementation encadre l’utilisation du mâchefer ?

Avant de parler de chantier concret, il faut parler de droit. Et là, beaucoup de gens font n’importe quoi.

L’arrêté du 18 novembre 2011 fixe les conditions d’admission des déchets inertes dans les installations de stockage. Pour le mâchefer RIOM, c’est ce texte qui définit les seuils de lixiviation acceptables. Un mâchefer ne peut être utilisé en remblai de tranchée ou en sous-couche routière que s’il respecte des critères précis de teneur en polluants.

  • Inertage et maturation à l’air libre : le mâchefer RIOM doit subir une maturation d’au minimum 3 mois avant tout usage. Ce processus stabilise les composés réactifs.
  • Analyse obligatoire : chaque lot doit être caractérisé par un laboratoire agréé. Sans cette analyse, le matériau ne peut pas quitter la plateforme.
  • Usage exclusivement en infrastructure routière : le mâchefer RIOM est interdit dans les zones inondables, à moins de 30 mètres d’un captage d’eau potable et sous les fondations de bâtiments habitables.
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Je le dis clairement : utiliser du mâchefer RIOM sans respecter ces règles, c’est prendre un risque pénal et sanitaire. Consultez le service déchets de votre département avant tout usage professionnel.

Quelles sont les utilisations concrètes du mâchefer dans le BTP ?

Ces contraintes réglementaires posées, voyons ce que ce matériau permet réellement sur le terrain.

En sous-couche routière et remblai

C’est l’utilisation principale et la plus encadrée. Le mâchefer RIOM matérisé et conforme sert de sous-couche routière sur des voiries à faible trafic. Des entreprises comme Eurovia et Colas l’intègrent dans leurs process de valorisation des déchets industriels. Pour le remblai de tranchée, il remplace le tout-venant calcaire dans certaines configurations – à condition que la tranchée ne soit pas en zone sensible.

En isolation thermique du bâti ancien

C’est là que le mâchefer ancien – celui du charbon – a une vraie légitimité historique. Dans les maisons ouvrières du XIXe siècle, on le retrouve souvent en vrac sous les planchers ou dans les murs creux. Ses propriétés isolantes sont réelles : une conductivité thermique autour de 0,15 à 0,20 W/m·K selon les sources du CSTB, ce qui en fait un isolant thermique correct pour le bâti ancien.

⚠️ Attention aux remontées capillaires : dans un mur ancien en pierre, le mâchefer utilisé en remplissage peut aggraver les remontées capillaires s’il est mal positionné. Il absorbe l’humidité et la retient. Coupler son usage avec un enduit chaux naturelle côté intérieur reste la meilleure protection.

En granulat alternatif pour certains bétons non structurels

Mâchefer utilisation sécurisée sans contamination

Le mâchefer de charbon, dense et stable, peut servir de granulat alternatif dans des bétons de remplissage ou de ragréage non porteurs. Ce n’est pas moi qui l’invente : le LCPC (Laboratoire Central des Ponts et Chaussées) a publié des protocoles en ce sens. Ne l’utilisez jamais dans un béton structurel sans étude spécifique.

Les dangers réels du mâchefer : ce qu’on vous cache parfois

Parlons franchement des risques, parce que certains sites les minimisent scandaleusement.

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Le danger des dioxines et des métaux lourds dans le mâchefer RIOM est documenté. L’ANSES a publié des travaux montrant que des mâchefers mal maturés peuvent libérer du plomb, du zinc, du cadmium et du mercure par lixiviation. Ces substances contaminent les nappes phréatiques sur des années.

🔬 Selon l’ANSES, les concentrations en zinc lixivié dans des mâchefers non maturés peuvent dépasser 100 mg/kg, soit bien au-delà des seuils admissibles pour une utilisation en remblai.

Ce que j’ai vu sur des chantiers de réhabilitation de maisons ouvrières XIXe siècle m’a parfois inquiété. Du mâchefer ancien en contact direct avec les fondations, des remontées capillaires chargées en minéraux, des propriétaires qui ne savaient même pas que ça existait sous leurs pieds. Avant de rénover un tel bien, faites analyser ce que vous trouvez.

Mâchefer ancien vs RIOM : le tableau comparatif

Critère Mâchefer de charbon (ancien) Mâchefer RIOM (moderne)
Origine Combustion du charbon Incinération ordures ménagères
Stabilité chimique Bonne (si ancien) Variable, nécessite maturation
Risque lixiviation Faible à modéré Élevé sans traitement
Usage BTP autorisé Isolation, granulat non structurel Sous-couche routière, remblai encadré
Réglementation Cas par cas Arrêté du 18 novembre 2011

Mâchefer utilisation sécurisée guide

Comment intégrer le mâchefer dans une démarche de rénovation responsable ?


L’économie circulaire dans le BTP, c’est bien. Mais pas à n’importe quel prix.

La valorisation des déchets industriels comme le mâchefer a du sens quand elle est tracée et contrôlée. Sur une réhabilitation de maison ancienne, si vous retrouvez du mâchefer de charbon en sous-plancher, voici comment réagir. Analysez-le d’abord. S’il est stable et non contaminé, vous pouvez le conserver comme isolant thermique. Couvrez-le d’un enduit chaux naturelle sur les murs mitoyens pour gérer les transferts d’humidité. Et traitez les remontées capillaires séparément – le mâchefer ne règle rien là-dessus.

Pour un usage en remblai ou en voirie, passez par une plateforme de maturation agréée. Des opérateurs comme Paprec ou Séché Environnement proposent du mâchefer RIOM certifié conforme. Ne prenez jamais du mâchefer « au noir » sur un chantier de démolition sans en connaître l’origine exacte!

La bonne pratique avec la mâchefer utilisation : analysez avant d’agir, respectez la maturation de 3 mois pour le RIOM, croisez toujours avec un enduit chaux naturelle en rénovation ancienne, et ne touchez pas aux zones proches des nappes phréatiques. Ce matériau a de vraies qualités – mais il ne pardonne pas l’improvisation. Faites analyser, faites tracer, faites confiance aux chiffres plutôt qu’aux habitudes.